Médiatisé à outrance, le phénomène Web 2.0 est moins une révolution technologique qu’un signe avant coureur d’une société en pleine mutation. De fait, il suffit de se pencher sur les évolutions de ces dernières années pour se rendre compte que l’informatique subit un mouvement de balancier perpétuel : il y a 20 ans, le poste client parfait se devait d’être un terminal sans traitements, il y a 10 ans, il grossissait pour coller à l’image du client lourd, il y a 5 ans, il subissait une cure d’amincissement pour revenir au principe du client léger avec l’essor d’Internet. Avec Web 2.0, d’un point de vue purement technologique, il reprend juste un peu de poids et s’inscrit dans la mouvance d’une informatique qui se veut plus normalisée. Mais regarder Web 2.0 par le bout de la lorgnette technologique, ce serait ignorer ce grand phénomène « d’interactivité » en plein essor sur Internet. Chacun y va de sa plume, enrichissant les initiatives des uns et des autres, participant à cette grande œuvre communautaire qu’est Internet. On trouve de tout : la désormais très connue encyclopédie Wiki, le plus récent service de récemment du collectif « l’ouvre boîte » qui veut recenser les meilleurs experts francophones du Web 2.0, mais également des initiatives personnelles. A titre d’exemple, l’américaine Julia Wilson, âgée de 14 ans, milite contre la guerre en Irak et vient de publier sur le site MySpace, bâti sur les principes de Web 2.0, une photo du président américain accompagnée du titre «Kill Bush» (« tuez Bush »). Aussi pacifistes que puissent être les intentions de cette jeune fille, sa démarche pose une problème de fond. Sur quelles valeurs peut s’appuyer une société quand chacun à la possibilité en 3 clics de souris de répandre des menaces de mort, de colporter des idéaux, de détruire la réputation d’une entreprise ou d’un homme ? Cette grande vague de liberté d’expression sur fond d’interactivité ne risque-t-elle un jour de déboucher sur plus de censure qu’on en a jamais connu ? Si je publie « A mort Chirac ! », viendra-t-on m’arrêter comme la jeune Julia, récupérée par deux agents fédéraux en plein milieu de son cours de biologie ? En d’autres termes, faut-il censurer Internet ou laisser les gens s’exprimer pour mieux les arrêter après ?
|